The Road

7 Déc

Adapter l’inadaptable. Donner corps à l’impossible. C’est à un défi immense auquel s’est attelé l’équipe du film: adapter le roman éponyme de Cormac McCarthy, prix pulitzer 2007.

Je me souviens de ma rencontre avec le bouquin, pendant la grossesse de ma femme. Parcourant les pages les unes après les autres tout en jettant des coups d’oeil sur le ventre arrondie juste à côté de moi, me procurait une angoisse diffuse. L’angoisse car lire ce bouquin a été une expérience quasi mystique pour moi: cela permettait de ressentir ce que ça allait être, de devenir papa et putain c’était flippant. Découvrir le film m’a permis de boucler la boucle. Oui c’est bien ça la paternité: être prêt à tout, faire un don de soi quotidien, fin de l’égocentrisme. Terminé.

Pour ceux qui auraient vécu dans un placard ces 3 dernières années, voici ce dont cause The Road: Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne sait ce qui s’est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d’un gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus d’énergie, plus de végétation, plus de nourriture… Les derniers survivants rôdent dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut. C’est dans ce décor d’apocalypse qu’un père et son fils errent en poussant devant eux un caddie rempli d’objets hétéroclites – le peu qu’ils ont pu sauver et qu’ils doivent protéger. Ils sont sur leurs gardes, le danger guette. L’humanité est retournée à la barbarie. Alors qu’ils suivent une ancienne autoroute menant vers l’océan, le père se souvient de sa femme et le jeune garçon découvre les restes de ce qui fut la civilisation. Durant leur périple, ils vont faire des
rencontres dangereuses et fascinantes. Même si le père n’a ni but ni espoir, il s’efforce de rester debout pour celui qui est désormais son seul univers.

Bizarre de voir la bannière Weinstein flotter au début du générique. On s’attend au pire. Surtout après la première bande-annonce datant d’il y a quelques mois qui laissait présager un survival classique alors que le bouquin est tout sauf ça. On n’est pas plus rassuré par les premières images du film montrant une charlize theron superbe dans son jardin jetant un regard amoureux à son viggo mortensen de mari lui même flattant l’encolure de ses canassons. WTF?? On essaie de donner corps, de personnaliser les persos alors que le bouquin de Mc Carthy était dans l’unidimensionnel, dans l’universel. Stop. On plonge pour de bon dans le film à l’issue de cette première séquence et on y retrouve tout ce qui nous avait tiré des larmes en le lisant.

Le père et son fils, le vieux Elie (Un Dieu sur la route?), le goût de cendres dans la bouche, les images de deux pantins désarticulés et affamés parcourant un monde gris et terne en quête d’un improbable sens mais animés par le même sentiment: survivre. Oui, mais survivre pourquoi? Pour rencontrer la pire décadence et le pire méfait humain à savoir le cannibalisme? Survivre jusqu’au dernier souffle, juste avant de mettre une balle dans la tête de son enfant pour l’empêcher de souffrir? Survivre pour profiter des derniers résidus de notre société de consommation en buvant un dernier coca et faire un dernier festin? Survivre jusqu’à voir les dernières lumières de ce monde malade s’éteindre. Une par une.

Vous l’aurez compris: VOIR The Road a été la même expérience pour moi que LIRE The Road. Viggo y est formidable tout comme le petit Kodi Smit-McPhee. Charlize Theron y est magnifique, le dernier ange sur terre avant que le feu ravage tout. Et que dire de Robert Duvall? En 5mn de présence à l’écran, il est un Dieu fatigué, perdu, lassé des hommes. Cherchant son chemin.

1h50 de projection. Les lumières se rallument. On se fraie un chemin pour sortir le plus rapidement possible de cet enfer. Courir sur le chemin du retour. Rentrer. Et serrer très fort son enfant contre soi.

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Une Réponse to “The Road”

  1. viirgiiniie mars 5, 2010 à 11:48 #

    c’est officiel… tu es mon dieu des critiques !!! lol

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